Ceci est le parfum de ma mère

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                                                                           « Ceci est le parfum de ma mère, Maîtresse … »

 

          Ce texte, paru en langue arabe dans le quotidien « Echourouk » m’a été remis par Mohamed, un élément du groupe en formation, en vue de sa traduction en langue française, de façon à en tirer profit. Pour encourager l’initiative, j’ai accepté.

 

Lorsque la Maîtresse se présenta devant la classe de 5ème, au premier jour de la reprise des cours et prononça à l’adresse des élèves des propos agréables dans lesquels elle les complimenta, elle les regarda et dit : « je vous adore, tous », comme font tous les enseignants et toutes les enseignantes. Mais au fond d’elle-même, elle exceptait un élève assis au premier rang et dénommé Teddy Studard.

 

Mme Thomson a déjà eu affaire à l’enfant Teddy, l’année précédente et remarqué qu’il ne jouait pas avec le reste de ses camarades, que ses vêtements étaient toujours sales et qu’il avait tout le temps besoin d’un bain. De surcroît, il paraissait renfrogné. Mme Thomson était arrivée au point de prendre un malin plaisir à corriger ses copies avec un stylo rouge à large bande d’écriture, à porter la lettre x en gras, et à écrire, pour finir, la mention : « a échoué », en haut de la feuille.

 

Dans l’école où exerçait Mme Thomson, il lui a été demandé de revoir les livrets scolaires précédents de chaque élève. Elle plaça le carnet de notes de Teddy en dernier. Alors qu’elle était en train de l’étudier, elle fut surprise par quelque chose : son maître, en première année primaire, avait mentionné ceci : « Teddy est un enfant intelligent, doué d’un caractère enjoué. Il accomplit son travail avec soin et attention, de façon méthodique. Il est aussi, pétri de qualités. »

 

En deuxième année, son instituteur avait écrit : « Teddy est un élève studieux, aimé par ses camarades de classe, mais il est troublé et inquiété par une maladie grave de sa mère qui a rendu la vie pénible, dure et fatigante à la maison.

 

Quant à son maître de troisième année, il avait écrit : « Le décès de sa mère l’a profondément affligé. Il a essayé de faire de son mieux et tenté le maximum d’efforts, mais son père est défaillant et la vie au logis risque de lui être préjudiciable si des mesures ne sont pas prises. »

 

En quatrième année, son maître avait écrit : « Teddy est un élève renfermé sur lui-même, il ne manifeste pas trop d’intérêt aux études, n’a pas beaucoup d’amis et parfois dort pendant le cours. »

 

A cet instant, Mme Thomson prit conscience du problème. Elle était confuse et eut honte d’elle-même et de la façon dont elle s’est comportée. Son trouble avait atteint son paroxysme lorsque les élèves lui offrirent des cadeaux, à l’occasion de son anniversaire : les paquets étaient ornés de beaux rubans et le papier était étincelant ! Seul Teddy faisait exception : le cadeau qu’il lui présenta ce jour là, était emballé de façon hideuse et désordonnée dans un papier de couleur terne arraché d’un sachet ayant contenu des articles d’épicerie. Mme Thomson eut mal en l’ouvrant. Certains élèves éclatèrent de rire lorsqu’elle retira du paquet un collier incomplet, composé de faux diamants et un flacon de parfum aux trois quarts vide. Mais les rires cessèrent subitement lorsqu’elle exprima sa grande admiration devant la beauté de ce collier qu’elle mit autour de son cou. Elle étala ensuite quelques gouttes de parfum sur son poignet. Ce jour là, Teddy ne rentra pas tout de suite à la maison après les cours : il attendit un peu, pour rencontrer Mme Thomson et lui dire : « vos effluves, aujourd’hui, sont semblables à ceux de ma mère ! ».

 

Lorsque les élèves rentrèrent chez eux, Mme Thomson éclata en sanglots. Elle pleura pendant une heure, au moins, parce que Teddy lui a offert le flacon de parfum que sa mère utilisait et a retrouvé chez sa Maîtresse les effluves de sa défunte mère.

 

Depuis ce jour là, elle n’enseigna plus seulement la lecture, l’écriture et le calcul aux élèves, mais toutes les matières. Elle accorda à Teddy une attention particulière. Lorsqu’elle le prit en charge, son esprit commença à retrouver son activité. A chaque fois qu’elle l’encourageait, sa réaction devenait plus rapide. A la fin de l’année, il était parmi ceux qui se distinguaient, il était celui qui faisait le plus, preuve d’intelligence et l’un des plus « chouchoutés » par la Maîtresse.

 

Une année passa. Mme Thomson trouva un jour devant sa porte un billet de l’élève Teddy, dans lequel il lui disait : « Vous êtes la meilleure institutrice rencontrée dans ma vie ». Six années s’écoulèrent sans qu’elle reçoive aucun courrier de sa part. Puis, un jour, il lui écrivit, lui faisant savoir qu’il avait terminé le cycle secondaire, qu’il était classé troisième dans son groupe et qu’elle restait toujours la meilleure enseignante rencontrée dans sa vie.

 

Quatre ans plus tard, elle reçut une autre correspondance dans laquelle il lui faisait savoir que « les choses se compliquent, qu’il réside à la faculté qu’il ne quitte plus et qu’il va bientôt faire partie de la promotion sortante de l’université avec le titre honorifique de major ». Il lui confirma encore qu’elle demeurait toujours pour lui l’enseignante préférée et la plus aimée.

 

Quatre années encore passèrent. Il lui envoya une autre lettre dans laquelle il lui expliqua qu’après avoir obtenu son « master » il a décidé d’aller plus loin dans ses études. Il lui confirma, une fois encore qu’elle était toujours la meilleure et la plus aimée des enseignantes rencontrées durant sa vie. Sauf que, cette fois ci, son nom était devenu un peu plus long : « Docteur Théodore Studdard ».

 

Le récit ne s’arrête pas là. : elle reçut de lui une autre missive, un certain printemps, dans laquelle il disait : « qu’il avait fait la connaissance d’une jeune fille qu’il avait l’intention d’épouser et que sachant comme il l’en a déjà informée que son père est décédé depuis deux ans, il lui demande de venir prendre la place de sa mère lors de la cérémonie de mariage. » Mme Thomson donna son accord.

 

Le plus étonnant, est qu’elle s’est non seulement parée pour la circonstance, du même collier qu’il lui avait offert lors de son anniversaire il y a plusieurs années et qui était toujours amputé de plusieurs pierres, mais qu’elle a utilisé le même parfum qui lui a rappelé sa mère. Ils tombèrent l’un dans les bras de l’autre un bon moment. Puis, le Dr Studdard murmura à l’oreille de Mme Thomson : « Je vous remercie de m’avoir fait confiance, je vous remercie infiniment d’avoir fait en sorte que je me sente important et qu’il était possible que je fasse preuve d’excellence. »

 

Mme Thomson lui répondit, les yeux en larmes : « Tu te trompes, c’est toi qui m’a appris à être une maîtresse créative et différente : je ne savais pas enseigner avant de te rencontrer. »

  Teddy Studard est l'éminent Docteur, à la tête d'un service appelé "Centre Studard" spécialisé dans le traitement du cancer aux Etats Unis d'Amérique. Dois-je commenter ce récit ? Chacun l'abordera sous l'angle qui lui paraît être le bon et sous l'approche qu'il choisira : l'histoire est pleine d'enseignements...

 

(Traduit du quotidien « Echourouk ». par B. BOUMEDIEN.)

 

 

 

 

Ceci est le parfum de ma mère

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Commentaires (4)

1. mansouri yahia 24/03/2013

Bonsoir, monsieur Boumediene, vous me manquez tellement ......Si vous ne vous souvenez pas de moi, je suis votre élève et je le serai toujours.........Je suis Yahia le prof de sport qui faisait la formation en langue française et voilà, je visite votre site ..Je vous souhaite une bonne santé et à bientôt. Salam

2. Brahim 24/04/2012

Bonsoir Marie-Line,
Ce texte et ses petits frères, ont, crois-moi, beaucoup de chance d'être aussi bien accueillis par Marie-Line et tous les voyageurs qui se sont reposés dans la roseraie pour converser avec eux, les sentir, les toucher, les regarder au fond des yeux. Et comme la roseraie se situe dans une oasis et qu'un superbe palmier la protège, ils ont sans doute goûté la saveur de ce fruit délicieux qu'est la datte qui, se détachant du régime, venait flatter leur palais.
Ceci, pour te dire, Marie-Line, que pas plus tard que tout à l'heure, dans le cadre de la lutte contre l'illettrisme, j'explorais avec les apprenants un texte de Gisèle HALIMI, dans une séance de "compréhension de l'écrit", extrait de son essai (La cause des femmes) où elle parlait de la discrimination dont souffraient les filles dans la famille, malgré leurs résultats scolaires nettement supérieurs à ceux des garçons et je n'ai pu m'empêcher de leur dire, en pensant à toi, et à toutes celles qui comme toi livrent le même combat : "Tant qu'il y aura des femmes de cette trempe, le verbe HUMANISER ne disparaîtra pas" ! Amitiés.

3. Marie-Lie 24/04/2012

Bonjour Brahim,
C'est le premier texte qui m'a faite te découvrir. Ses petits frères laissent à chaque fois derrière eux, un doux parfum d'espoir. Merci Brahim, de nous permettre de nous reposer dans ta roseraie.
Amitié
Marie-Line

4. Dragin 13/08/2011

Bonjour,
Cela faisait un certain temps que je n'étais pas venue sur votre site.Il y a beaucoup de changements, qui me font vraiment plaisir.
En lisant ce récit "Le parfum de ma mère" j'eus les larmes.
la vie nous donne toujours des leçons, pour nous améliorer.
Continuez à nous toucher le coeur.
Cordialement
Patricia Dragin

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Date de dernière mise à jour : 24/09/2017

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