KOUIDRI Mohamed-Belkacem

 

 

                                KOUIDRI Mohamed-Belkacem, le Maître, le pédagogue, l'”honnête homme”.

 

       Cheikh Kouidri, bien qu'étant au Paradis, selon la volonté de Dieu le Seigneur, est encore parmi nous. La génération qui a eu la chance de l'avoir comme “Moudarrass” à l'Ecole d'Ouled-Djellal garde de lui l'image du Maître affable, protecteur dans son burnous marron qu'il portait sur les épaules au moment où il franchissait à pied, le portail de l'Etablissement, tenant majestueusement de la main le guidon de son vélo qui avait à nos yeux, valeur d'un pur-sang.

C'est avec lui que nous avons découvert la richesse de l'arabe classique. Il avait réponse à tout. Dans notre “boulimie” d'apprentissage nous n'hésitions pas à poser toutes les questions qui nous venaient à l'esprit, non pas pour le “coller”- qui aurait pu d'ailleurs en avoir l'idée, Cheikh étant “incollable”- mais pour faire le plein d'un vocabulaire qui nous passionnait. C'est ainsi qu'il nous apprit, par exemple, que “Echakhchoukha” avait pour équivalent : “atharidatou”. Je ne sais pas pourquoi il ne nous est pas venu à l'esprit, dans le temps, de lui poser la question pour la touche, le pénalty ou le corner. Je reste persuadé qu'il aurait sorti la réponse, à l'image d'un magicien, non pas de son chapeau, mais par dessous l'aile de son burnous.

En dehors de sa pédagogie dans la classe, Cheikh en avait une pour ses concitoyens. Je ne citerai que les deux exemples les plus édifiants. J'avais sept ans, à l'époque, novembre 54 n'était pas encore arrivé et le raffinement, le progrès et l'évolution de la société n'étaient pas encore au rendez-vous.

La première scène qui avait retenu mon attention était celle de Cheikh Kouidri, assis devant la porte du magasin d'un de ses amis et épluchant une pomme. Dans mon esprit de gamin, une pomme, surtout si elle a été l'objet d'un larcin en passant par la palmeraie, se croque illico presto pour ne pas avoir d'ennuis, où, à la limite se lave puis se mange. Cheikh voulait donner une leçon à tous les passants : une pomme, ça s'épluche d'abord ! L'action du Maître ne s'arrêta pas là : il en offrit plusieurs tranches à des enfants qui passaient. Il voulait inculquer de cette façon, la notion de partage et de solidarité.

La deuxième scène est digne des héros qui ont marqué l'histoire de leur pays en donnant à la femme sa véritable image : Cheikh Kouidri a bousculé les traditions et fait bouger les mentalités. Seul lui pouvait le faire. Il le savait et il n' a pas hésité un seul instant à rendre service à sa société. Pour la première fois, à Ouled-Djellal quelqu'un ose faire sortir sous son regard et à quelques mètres devant lui, sa fille et sa propre soeur alors adolescentes, sur un vélo chacune, roulant sur les ruelles cahoteuses du bled. Certains regardent, hébétés ; d'autres émerveillés, mais personne ne trouve à redire : si le Cheikh le fait, c'est qu'il y a une raison !

Cet “honnête homme”au sens propre et figuré n'aura pas fini de m'émerveiller. Que Dieu te récompense Cheikh, là où tu es : le combat pour lequel tu t'es impliqué n'a pas été vain.

B. BOUMEDIEN .

 

 


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Date de dernière mise à jour : 19/09/2012

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